Une carte forestière (II): de la généralisation cartographique

Deuxième article sur la conception d’une carte forestière avec le logiciel QGIS, sur base de données OpenStreetMap. Dans le premier article, j’ai présenté une nouvelle symbologie d’arbres et son utilisation dans la carte. Dans ce deuxième article, je partage quelques techniques de cartographie mobilisées dans cette carte. La carte est accessible en haute résolution ici.

Capture d’écran de la carte. Pour une carte en haute résolution, voir le lien ci-dessus.

Les données utilisées pour cette carte viennent exclusivement d’OpenStreetMap (sauf pour les données de relief – ombrage & courbes de niveaux). Un enjeu majeur pour les cartographes est de réutiliser ces données de manière la plus automatique possible pour créer un rendu cartographique correct et qui donne du sens, et cela à différentes échelles, malgré des contextes géographiques différents, ou tout simplement des données qui varient selon la “patte” du contributeur local.

Autrefois, les cartographes (par exemple de l’Institut Géographique National) faisait des relevés sur le terrain dans le but de lever une carte à une échelle fixe et avec une symbologie déjà établie. Avec OpenStreetMap, plusieurs contributeur·rices ajoutent des données, censées refléter le monde réel, sans nécessairement penser au cartographe qui en fera une carte. Bien sûr, dès qu’on ajoute quelque chose à OpenStreetMap, on va généralement vérifier ce que cela donne sur openstreetmap.org en terme de rendu, mais on utilise pour cela un rendu parmi d’autres (celui d’openstreetmap.org) et dans un format de carte web.

Or, dès lors qu’on veut faire une carte à imprimer à une échelle donnée, on a besoin de faire de la généralisation cartographique. À ma connaissance, il y a peu de techniques de généralisation appliquée aux cartes web. D’abord, parce que le format web permet en un tour de passe-passe de pallier le problème de l’échelle en invitant à zoomer davantage. Ensuite, parce que les cartes web sont avant tout faites par des designers plutôt que des cartographes, et que la cartographie digitale en tant que discipline n’a pas encore digéré les décennies de techniques de généralisation cartographique élaborées pour les cartes à imprimer. Il y a relativement peu de cartes imprimées issues des données OpenStreetMap, et ces techniques y sont aussi peu courantes.

Dans cette carte forestière, j’ai testé quelques techniques de rendu particuliers ou de généralisation cartographique, avec QGIS. Ici le but est d’avoir des techniques les plus automatiques possibles, en évitant autant que possible les ajustements à la main. Quelques focus:

Des étangs au look “1900”

Les étangs ont ce look désuet en répétant plusieurs fois leur contour, de plus en plus fin, et de plus dessiné à l’intérieur. C’est fait directement dans le style de la couche QGIS, en utilisant une succession de lignes progressivement décalées vers le centre.

Orientation des symboles d’arbres et des libellés en fonction des parcelles

C’est à la fois esthétique et utile d’avoir des libellés qui s’orientent en fonction de la forme de la zone dans lesquelles ils s’inscrivent. Utile car cela maximise leur placement. QGIS permet cette option pour les libellés. Par contre, pour les patternes des symboles des arbres qui suivent (presque) la même orientation, c’est calculé à la volée en fonction de l’orientation du rectangle contenant la parcelle (oriented_bbox).

D’autres moyens de placer et d’orienter des libellés

Pour disposer d’un libellé exactement à l’endroit voulu, et pour le faire épouser les courbes voulues, le plus simple est encore de dessiner une ligne qu’il devra être forcé de suivre. Pour les libellés des forêts, pas de placement automatique donc: j’ai dessiné la ligne sur lequel le libellé s’inscrit.

Écarter les talus des chemins

Un vrai exemple de généralisation cartographique avec un déplacement automatique des talus qui sont encore trop près des chemins, malgré la grande échelle (1:9000). Sans ce déplacement, le talus serait partiellement superposé au chemin. Fait avec un algorithme construit avec des fonctions PostGIS, grâce au travail d’un étudiant en géographie stagiaire.

Un rendu dynamique des pertuis

Un clin d’œil aux cartes IGN du siècle passé, où la position des pertuis (le passage des ruisseaux ou fossés sous les voiries) était bien souligné avec ces petits symboles “>” et “<“. A partir des données OSM qui donnent les portions de cours d’eau sous voiries, on calcule leur orientation, le point de départ et d’arrivée, et on a ce qu’il faut pour un rendu dynamique: les entrées et sorties sont orientés, et la longueur du passage sous voirie est variable. Une technique que j’ai d’abord testé dans le style OpenArdenneMap.


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