OpenArdenneMap: Interview d’OpenCage

OpenCage est une société européenne qui propose des services de géocodage (convertir une adresse en localisation, et vice-versa), mais c’est aussi une des sociétés les actives dans le support et la promotion d’OpenStreetMap. J’ai répondu à leur demande d’interview, qui est sortie ici en anglais mais que je met ici en français.

1. Who are you and what do you do? What got you into OpenStreetMap?
Je travaille dans le domaine de la géomatique et contribue à OpenStreetMap depuis de nombreuses années. J’ai commencé à contribuer à OpenStreetMap en 2012. Puis j’y ai contribué de plus en plus. En 2017, j’ai rejoint la société coopérative Champs-Libres, où je travaille, parce que c’était la seule société qui travaillait avec les données OpenStreetMap en Belgique. Donc on peut dire que j’ai trouvé mon boulot grâce à OpenStreetMap.

J’ai un intérêt pour la cartographie depuis toujours. Après mes études, j’ai commencé à m’intéresser à des logiciels permettant de faire des cartes sur le web, à l’époque MapServer et OpenLayers 1, en 2007… Mon but était de faire des cartes, surtout sur le web, pour montrer des choses qui n’étaient pas très visibles. Ainsi, j’ai fait une carte des potagers communautaires à Bruxelles en 2010. Puis j’ai lentement vu la montée d’OpenStreetMap. Mais au début, je n’y croyais pas: la carte était principalement vide et avec une mauvaise précision, je ne pensais pas qu’OpenStreetMap serait un jour assez mature pour faire de belles cartes. J’avais tort.

Aujourd’hui je contribue activement à OpenStreetMap et je suis aussi membre de l’ASBL OpenStreetMap – Belgique. Je rencontre souvent d’autres contributeurs en Belgique, on forme une super-communauté: des gens ouverts, passionnés et sans prise de tête! Je co-organise régulièrement des rencontres OpenStreetMap dans ma région et je fais du lobbying pour OpenStreetMap un peu partout!


2. What is the OpenArdenneMap project and why was it created? Who uses it? How?
Quand j’ai commencé à contribuer à OpenStreetMap, assez rapidement j’ai voulu générer des cartes topographiques. J’ai d’abord vu le projet OpenTopoMap, puis un projet visant à reproduire les cartes de l’institut géographique national en France. Au début, mon challenge était de pouvoir réaliser des cartes ressemblant à celles de l’institut géographique national belge. C’était avant tout un challenge technique pour moi, comme je commençais seulement à apprendre à coder. J’ai longtemps chercher quel pouvait être le meilleur logiciel pour cela. J’ai d’abord essayé avec MapServer, que je connaissais. Puis je suis passé au logiciel Mapnik, qui est le logiciel cartographique utilisé pour générer le style de base disponible sur openstreetmap.org et sur des tas d’autres projets cartographiques, dont OpenTopoMap. Très récemment, en 2022, j’ai traduit le style OpenArdenneMap en QGIS.
Aujourd’hui, OpenArdenneMap est un style cartographique utilisable avec Mapnik ou QGIS, les 2 étant maintenus en parallèle sans être 100% équivalent. OpenArdenneMap est un style destiné à l’impression, et non pas pour des cartes web. La principale différence d’un style de carte à imprimer avec des cartes web est que les labels sont environ 2 fois plus grands que sur une carte web, mais il y a d’autres subtilités, comme le choix des couleurs, le contraste, … J’utilise ce style avec mes collègues pour générer des cartes à télécharger sur le site hiking.osm.be. Ces cartes sont proposées librement au téléchargement et une contribution financière est demandée à ceux qui l’utilisent. Il y a un bon potentiel commercial avec ce projet hiking.osm.be, càd de distribuer des cartes imprimées dans divers endroits touristiques, mais on n’a pas encore pris le temps de développer cette offre.
Sinon, j’ai découvert que le style a déjà été utilisé par des opérateurs touristiques en Belgique pour imprimer des cartes sur des panneaux touristiques. Enfin, je l’utilise de temps en temps pour créer des cartes grand-format pour des amis ou la famille, ou juste pour moi comme une grande carte de la Semois de 2 sur 1m. Et il y a aussi un serveur de tuiles OpenArdenneMap, même si le style est avant tout destiné pour l’impression, pas pour le web.

3. What are the unique challenges and pleasures of mapping hiking maps, especially those designed to be printed? What aspects of the projects should the rest of the world be aware of?
Il y a d’énormes challenges à réaliser des cartes destinées à l’impression à partir de données OpenStreetMap, et je pense que beaucoup d’entre eux n’ont pas encore été abordés à l’heure actuelle. Quand vous regardez à d’anciennes cartes topographiques, elles sont généralement d’une grande qualité graphique et elles ont une une grande force esthétique. Pour moi, les cartes topographiques générées à partir de données géographiques n’ont pas la même puissance, pour toutes sortes de raisons.
Clairement, il y a eu une rupture quand les cartographes ont créé des cartes à partir de données géographiques au lieu de les dessiner sur du papier. Il y a une dizaine d’années, j’ai appris que les cartographes de l’IGN belge ne digitalisaient pas nécessairement les éléments sur des images aériennes selon leur localisation exacte mais selon “un bon sens cartographique”: cela signifie qu’ils prenaient certaines libertés avec la position de certains éléments, pour d’emblée penser à la création de la carte.
Dans OpenStreetMap, il y a ce fameux principe: “Don’t map for the renderer”. Bien sûr je le comprends, mais si on veut faire de la cartographie, on veut justement cartographier pour un beau rendu. Mon leitmotif pour le futur d’OpenArdenneMap est justement celui-là: trouver des techniques pour passer d’une base de données géographiques à une carte imprimée. Cela implique des tas de techniques qui sont très peu mobilisées dans la communauté OpenStreetMap actuellement: généralisation cartographique, déplacement, …, bref, toutes les techniques cartographiques qui ont été théorisées et mises en pratiques tout au long du développement de la cartographie.
En ce sens, je rejoins l’analyse de Christophe Hormann: même si le style “carto” est un fabuleux travail de cartographie et probablement le plus avancé style cartographique construit à partir des données d’OpenStreetMap, il est encore très loin des meilleures pratiques de cartographie. Et c’est valable pour tous les styles dérivés d’OpenStreetMap avec Mapnik ou QGIS, ils ne parviennent pas à réaliser des cartes topographiques de grande qualité. Bien sûr, on pourra arguer qu’il faut toujours une passe manuelle pour peaufiner une carte faite avec un style automatique, et c’est probablement toujours vrai, même à l’heure de l’intelligence artificielle. Mais à part cela, il manque clairement des bases de travail cartographique qui ne sont toujours pas appliqués dans les styles, ni même implémentés dans des algorithmes. C’est un projet à long terme que j’aimerais d’ailleurs mener: une revue de l’utilisation des techniques de cartographies avancées dans l’écosystème OpenStreetMap.
Pour revenir à OpenArdenneMap, comme son nom l’indique, il est destiné à une région en particulier: l’Ardenne. Un ami m’a une fois demandé de lui sortir une carte de Bretagne avec OpenArdenneMap puis il s’est plaint que la mer n’apparaissait pas. Normal, il n’y a pas de mer en Ardenne. Loin de tout chauvinisme ou nationalisme, l’idée est de faire un rendu propre à une région, avec ses caractéristiques, ses objets particuliers, et bien sûr cela peut évoluer dans le temps. Par exemple, il y a un rendu spécifique dans OpenArdenneMap pour les plantations de sapins de Noël, parce que celles-ci couvrent une surface importante en Ardenne, peut-être 10% de la surface agricole. Mais c’est récent, il est possible que dans quelques dizaines d’années, il n’y en ai plus.
Un désavantage des cartes web actuelles est qu’on assiste à une uniformisation des styles, avec des styles qui peuvent être designés pour un environnement californien puis appliqué en Europe: cela n’a pas de sens. Chaque région a sa richesse géographique, fruit de l’évolution des des paysages naturels habités par les communautés humaines qui y ont vécus. Et donc chaque région a droit à ses propres styles, qui mettent en valeur ses caractéristiques.

4. What have you learned? What is the best way for people to do something similar in their city or region or country?
J’essaye de collectionner des cartes de ma région et d’ailleurs, et de les comparer. Cela me donne des idées pour développer de nouvelles choses dans mon style cartographique. OpenArdenneMap est un style plutôt “retro” mais j’aime aussi ajouter des éléments plus récents du paysage, comme des éoliennes. Je ne le fais pas assez, mais j’essaye de suivre aussi ce qui se fait dans d’autres projets de cartographie comme OpenTopoMap ou le style “carto” d’osm.org. Par exemple, j’ai repris l’idée d’orienter des libellés de noms de plans d’eau suivant la forme du plan d’eau, de manière automatique. Ou d’orienter les terrains de sport et les symboles des églises selon leur orientation réelle sur le terrain.
Un style cartographique touche à beaucoup de choses: par exemple on peut passer du temps à choisir des fontes adaptées. Pour OpenArdenneMap, j’ai choisi une fonte faite en Belgique via un magazine, Medor.coop, et puis j’ai finalement rencontré son concepteur, qui est aussi amateur de cartographie. C’est la fonte Alfphabet, qui reproduit une fonte utilisée dans les années 1950. Dans OpenArdenneMap, j’essaye d’afficher pas mal de libellés, donc la fonte est importante.
J’aime aussi dessiner les symboles et les symboles des patterns. Je ne suis pas très bon pour dessiner en général, et je ne me vois pas créer des logos, mais pour des symboles cartographique, je trouve cela assez facile.
Enfin il y a l’impression. C’est tout un art aussi! J’ai appris la différence entre l’impression _offset_ et digitale. Les cartes anciennes étaient souvent imprimées en _offset_ avec des vraies couleurs: cela augmente leur qualité. C’est une raison pour laquelle OpenArdenneMap n’a que 3 couleurs + le noir: cela permet une impression _offset_ avec des vraies couleurs.
Pour celles et ceux qui veulent commencer un style cartographique, je conseille de partir d’un style existant (sous Mapnik ou QGIS) puis de changer progressivement les couleurs, les textures, ce qu’on affiche et ce qu’on n’affiche pas, … Si vous voulez définir un style disponible pour plusieurs échelles, partir d’une page blanche prend énormément de temps.

5. What steps could the global OpenStreetMap community take to help support projects like this?

J’adore voir des nouveaux projets cartographiques voir le jour. Et il faut certainement encore maintenir des anciens, en tout cas il y a du potentiel d’amélioration même dans des styles anciens. Comme dit plus haut, il manque des techniques et des algorithmes qui permettent de faire de la généralisation cartographique, précisément avec les données OpenStreetMap. Un challenge des données OpenStreetMap est leur manque de complétude et d’uniformité: parfois, on doit refuser de représenter quelque chose sur une carte si cette chose n’est pas cartographiée partout. Par exemple, je ne vais pas représenter des arbres isolés si la distribution de ceux-ci dans mon emprise de carte est trop irrégulière. Mais pour ce genre de problèmes, c’est plutôt au cartographe de trouver ou développer des algorithmes de préparation des données, de généralisation cartographique.
Je pense qu’il y a un manque de documentation des projets cartographiques existants. En même temps, on manque sans doute de recul sur la création de cartes avec OpenStreetMap.

6. Last year OpenStreetMap celebrated 20 years. As someone who has been very active in OpenStreetMap for a long time, where do you think the project will be in another 20 years?

Je suis certain que le projet sera encore là, avec sa communauté. Il y aura peut-être des difficultés à recruter de nouveaux contributeurs, mais je n’en suis pas si sûr. Déjà aujourd’hui, la plupart des gens utilisent OpenStreetMap sans le savoir, parce que les données OSM sont intégrées dans des tas d’applications différentes. Cela va certainement s’amplifier à l’avenir. Peut-être que des pans entiers de l’utilisation d’OSM seront supplantés par d’autres bases de données, par exemple pour le réseau routier, les adresses ou les POIs. Mais le projet sera toujours là pour les amateurs de cartographie. Il pourrait être davantage réservé aux hobbyistes.
En Belgique, nous sommes de plus en plus sollicités par des pouvoirs publics qui sont intéressé à contribuer à OpenStreetMap, par exemple par des communes qui nous signalent des changements dans le réseau routier. On essaye aussi que les pouvoirs publics réutilisent les données, et il y a de plus en plus de cas. Je suis certain que cela va encore se développer en Belgique.

OpenArdenneMap hiver 24-25

Note: There is an English version of this post on https://www.osm.org/user/juminet/diary.

Depuis fin 2019, le style cartographique OpenArdenneMap est mis à jour suivant un cycle semestriel de livraison de temps en temps. OpenArdenneMap est un style cartographique open-source pour des cartes topographiques sur base des données OpenStreetMap. La livraison “hiver 2024-25” vient de sortir.

OpenArdenneMap paysage d'hiver

C’est surtout des petites améliorations dans le style QGIS qui ont été apportées. OpenArdenneMap est en effet disponible pour Mapnik (programme servant principalement à faire des serveurs de tuiles) et QGIS (programme plus généraliste de cartographie).

En particulier, il y a eu l’ajout de la couche “marked trails” (circuit balisés) qui manquait encore dans le style QGIS. Pour ajouter la balise sur la carte (l’équivalent du _shield_ dans Mapnik), on utilise une combinaison de 2 “Marker Line”, avec la superposition d’un marker SVG (SVG Marker) pour la balise et d’un caractère (Font Marker) pour le chiffre souvent inscrit dans la balise.

Il y a aussi l’ajout d’un layout dans le fichier de projet QGIS, ce qui a permis de réactualiser une première carte sur hiking.osm.be, pour la carte d’Herbeumont.

This image has an empty alt attribute; its file name is Herbeumont-OAM-20000-A3-724x1024.jpg

A comparer, la version faite avec Mapnik il y a quelques années, et celle-ci faite avec QGIS.

Bientôt encore plus de cartes sur https://hiking.osm.be/ !

OpenArdenneMap en carte web

Ca y est, j’ai enfin pu monté un serveur de tuiles pour OpenArdenneMap! Voir sur cette carte et sur cet article pour plus de détails.

OpenArdenneMap est un style conçu spécialement pour des cartes topographiques imprimées: il ne donne donc pas spécialement bien en tant que tuiles pour un serveur web. Il est construit en tant que style “cartoCSS/Mapnik” et également disponible en tant que style QGIS depuis peu. Utilisant Mapnik, le style peut donc être utilisé pour construire des cartes web, bien qu’il soit prioritairement _designé_ pour l’impression.

Si vous cherchez des cartes à imprimer prête à l’emploi, c’est sur hiking.osm.be.

OpenArdenneMap hiver 22-23

Note: there’s an English version of this there.

Depuis fin 2019, le style cartographique OpenArdenneMap est mis à jour suivant un cycle semestriel de livraison! OpenArdenneMap est un style cartographique open-source pour des cartes topographiques sur base des données OpenStreetMap. La livraison “hiver 2022-23” vient de sortir.

Cet hiver, OpenArdenneMap passe à QGIS

OpenArdenneMap a été initialement développé comme un style cartographique avec l’importateur imposm et un style cartoCSS dérivé de OSMBright. Plus tard, l’importateur osm2pgsql a été utilisé à la place de l’importateur imposm. A partir de cette livraison, le style OpenArdenneMap est également disponible dans QGIS, en utilisant le même importateur osm2pgsql pour construire les couches de la carte.

Bien qu’il nécessite toujours une base de données PostGIS, le style QGIS est beaucoup plus simple à utiliser pour composer des cartes à différentes échelles que le style Mapnik/cartoCSS. Il est également beaucoup plus simple à mettre en place.

Les outils utilisés pour réaliser des cartes ont une certaine influence sur le style cartographique lui-même. Le but de ce support QGIS est de reproduire le même rendu que les cartes produites avec le style Mapnik/cartoCSS, mais les 2 solutions ne sont pas 100% équivalentes.

extract of OpenArdenneMap map made with Mapnik

Un extrait OAM avec Mapnik

extract of OpenArdenneMap map made with Qgis

Un extrait OAM avec QGIS

Voici quelques observations clés lors du passage de ce style de Mapnik/cartoCSS à QGIS.

Des règles beaucoup plus simples pour la mise à l’échelle dans QGIS

QGIS supporte l’utilisation d’unités géographiques pour définir la taille des symboles (mètres à l’échelle, unités cartographiques), alors que Mapnik/cartoCSS, à ma connaissance, ne traite que des unités en pixels. Cela signifie que, dans QGIS, vous pouvez définir une taille qui sera fonction de l’échelle de la carte. Ceci est vraiment utile pour les cartes à très haute échelle (c’est-à-dire > 1:10000), où certains éléments tels que la largeur des routes peuvent prendre leur taille “réelle” sur la carte. Pour obtenir le même effet dans Mapnik, nous devons définir des largeurs différentes pour chaque niveau de zoom.

Utilisation des variables QGIS

Un avantage clé de l’utilisation de Mapnik et de cartoCSS est qu’il est possible de définir des variables qui sont utilisées tout au long du projet, typiquement pour des variables de taille et les couleurs. Heureusement, il y a aussi moyen de définir des variables dans un projet QGIS (dans Projet > Propriétés > Variables) et les utiliser dans les définitions de style.

Utiliser des tables PostGIS filtrées par rapport aux couches SQL

Les mêmes couches utilisées dans Mapnik ont été utilisées comme couches QGIS. Souvent, ces couches ne sont pas seulement des filtres appliqués à une table “planet_osm_points|lines|polygones” mais elles effectuent une transformation des données. Par exemple, la couche pour les libellés des plans d’eau est la suivante :

SELECT way, waterway AS type, replace(name, 'Ruisseau', 'Rau') AS name
FROM planet_osm_line
WHERE waterway IN ('canal', 'river', 'stream') AND name IS NOT NULL
UNION ALL
SELECT
    ST_LineMerge(ST_ApproximateMedialAxis(ST_SimplifyPreserveTopology(ST_MakePolygon(ST_ExteriorRing(way)), 50))) AS chemin,
    eau AS type,
    replace(replace(name, 'Etang', 'Étg'), 'Étang', 'Étg') AS name
FROM planet_osm_polygon
WHERE water IN ('pond', 'lake', 'basin', 'reservoir') AND name IS NOT NULL AND way_area > 10000

qui combine les lignes de planet_osm_line avec des lignes créées à partir de planet_osm_polygon en utilisant une suite de fonctions PostGIS (ST_ApproximateMedialAxis, etc.).

Ces requêtes PostGIS sont simplement définies comme des couches dans le gestionnaire de base de données QGIS et ensuite ajoutées à la carte.

Cependant, pour certains problèmes de performances, il semble plus facile de filtrer directement à partir d’une couche PostGIS de la BD plutôt que de définir une nouvelle couche SQL avec le gestionnaire de BD. Dans la mesure du possible, les couches du projet QGIS sont donc des tables PostGIS complètes qui sont juste filtrées pour les éléments requis.

Problèmes restants

Le travail de portage du style Mapnik vers QGIS n’est pas tout à fait terminé, il reste quelques problèmes non résolus et/ou limitations de QGIS par rapport à Mapnik.

Par exemple, je n’ai pas trouvé comment éviter le chevauchement/la répétition de symboles ou d’étiquettes proches. Il s’agit d’une fonctionnalité essentielle de Mapnik, et d’un problème si commun mais aussi si difficile en cartographie : comment empêcher les symboles de se chevaucher ou de se répéter à courte distance, que ce soit dans la même couche ou dans des couches différentes ? La même chose s’applique aux labels. Un exemple est l’affichage multiple de symboles de table de pic-nic, souvent groupées dans un parc, et qui apparaissent côte à côte dans la carte.

Pour conclure

Ce travail de passage de Mapnik à QGIS n’est pas terminé. J’ignore encore quel logiciel sera privilégié à l’avenir pour OpenArdenneMap. A noter qu’une grande partie du travail cartographique est appliqué directement aux données via les requêtes PostGIS, et est donc commun aux 2 solutions. Automatiser ce travail cartographique sur base des données OSM (généralisation automatique, déplacement, …) est un domaine encore peu exploré aujourd’hui.

FOSS4G.be 2022

Ce jeudi 17 novembre, après 2 ans d’absence, a eu lieu le FOSS4G.be à Bruxelles, doublé cette année d’un “State of the Map Belgium”, soit la rencontre des contributeur·rices OpenStreetMap de Belgique. Petit compte-rendu partiel et subjectif de cette belle journée.

OpenStreetMap et la forêt de Soignes: Présentation intéressante de la part de la Fondation Forêt de Soignes, qui a décidé (très bonne décision) d’utiliser OSM comme base de données pour leur cartographie de la Forêt de Soignes. Cette forêt péri-urbaine doit faire face à une pression récréative forte, et la fondation se doit de gérer la cartographie des chemins. Un exemple pour d’autres massifs forestiers, et qui montre la pertinence et la réactivité d’OpenStreetMap pour cartographier des chemins forestiers, par rapport à d’autres bases de données disponibles.

360° Everywhere: Le projet dingue de Pierre Serpe, lauréat du Geochallenge wallon 2022, qui collecte des images 360° de voiries cyclables pour son groupe local du Gracq en Hesbaye. Ces images sont ensuite utilisées pour aider à la réflexion dans des réunions citoyennes pour des aménagements cyclables, ou à carrément simuler des aménagements dans une représentation 3D. Un projet à essaimer dans d’autres endroits!

Mapcomplete: L’éditeur thématique d’OSM https://mapcomplete.osm.be, où un thème particulier peut être défini pour les contributeur·rices d’OSM. Il y a par exemple un thème pour les toilettes publiques, les friteries, les boites à livres, etc. L’occasion de revenir aussi sur le projet Pin je punt, un très bon cas d’utilisation d’OSM par un pouvoir public (l’agence de tourisme en Flandre).

OpenStreetMap et Anyways: Comment Anyways, société basée à Gent, utilise OSM pour développer son produit de simulation de transformation du réseau routier. Destinée aux pouvoirs publics qui veulent entreprendre des travaux ou modifier leurs plans de circulation, la solution développée par Anyways permet de simuler les transformations simplement en éditant les modifications dans une base de données miroir d’OSM. Ainsi, la coupure momentanée d’une route, la mise en sens unique de voiries ou tout autre modification peut être dessinée et son impact sur les flux de mobilité simulé et évalué.

Enfin, le FOSS4G.be ne serait pas parfait s’il n’y avait pas le concours de carte, avec chaque année de belles réalisations. Cette année, le trio de cartes récompensées par le public est :

1) FerrarGIS, le magnifique projet de Manuel Claeys Bouuaert qui permet de reproduire les cartes de Ferraris du XVIIème siècle avec des données actuelles d’OSM. La carte de Gent présentée a de multiples détails, comme l’orientation automatique de patternes de labour et de certains symboles, l’ajout d’arbres autour de certaines limites parcellaires, une très belle réalisation qui a bien méritée son premier prix.

2) hiking.osm.be, l’offre de cartes de randonnée à commander et à imprimer sur base du style OpenArdenneMap, que je présentais cette année. La carte présentée était une carte des cartes disponibles sur hiking.osm.be, et une invitation à commander vos propres cartes.

3) Ticket to ride Belgium, une incroyable adaptation du jeu de société “Les Aventuriers du Rail” au réseau ferroviaire belge. Cette carte n’est pas seulement une très bonne réalisation graphique, son concepteur, Roel Huybrechts, a poussé le projet jusqu’à en faire un plateau de jeu effectivement utilisable pour ce jeu, en calculant un nombre de segments entre les gares belges qui soit correct et équilibré selon les règles du jeu! Une conceptualisation du problème effectuée avec Pgrouting, et qui est expliquée dans le lien ci-dessus.

Merci à toute l’équipe des organisateur·rices et aux bénévoles et à l’année prochaine!

OpenArdenneMap – été 2022

Depuis fin 2019, le style cartographique OpenArdenneMap est mis à jour suivant un cycle semestriel de livraison! OpenArdenneMap est un style cartographique open-source pour des cartes topographiques sur base des données OpenStreetMap. La livraison “summer-2022” vient de sortir.

Pas beaucoup de nouveautés dans le style en lui-même, seulement un symbole et un libellé pour les sommets.

Il y a maintenant un fichier pompeusement appelé CARTOGRAPHY qui tente d’énumérer les principes cartographiques du style (un peu comme celui sur le style osm-carto).

Le style arrivant à une certaine maturité, il est probable qu’il évolue peu dans les prochaines années. Néanmoins, il existe un champ de recherche et de développement énorme pour automatiser des techniques de généralisation cartographique à utiliser avec des données OpenStreetMap pour produire des cartes. C’est la future direction que j’aimerais faire prendre au projet.

Enfin, des cartes 1:20,000 réalisée avec le style OpenArdenneMap au format A3 sont toujours disponibles en téléchargement sur https://hiking.osm.be/. Certaines de ces cartes sont retouchées à la main, pour une qualité cartographique accrue.

OpenArdenneMap winter2021-22

Depuis fin 2019, le style cartographique OpenArdenneMap est mis à jour suivant un cycle semestriel de livraison! OpenArdenneMap est un style cartographique open-source pour des cartes topographiques sur base des données OpenStreetMap. La livraison “winter2021-22” vient de sortir. Voici les principaux changements de cette dernière version.

openardennemap - named cross

Les changements sont listés dans le fichier CHANGELOG: plus de labels affichés (fermes, nom des croix), un rendu des attractions touristiques, …

openardennemap tourism attraction

Une amélioration technique également: la génération des cartes avec docker a été mise à jour: la précédente image docker-mapnik ne pouvant plus compiler mapnik, elle a été remplacée par une autre. Les instructions sont dans docker/README.md.

Depuis juin 2021, des cartes 1:20,000 réalisée avec le style OpenArdenneMap au format A3 sont disponibles en téléchargement sur https://hiking.osm.be/. Certaines de ces cartes sont retouchées à la main, pour une qualité cartographique accrue.

OpenArdenneMap – version été 2021

Depuis fin 2019, le style cartographique OpenArdenneMap est mis à jour suivant un cycle de livraison! OpenArdenneMap est un style cartographique open-source pour des cartes topographiques sur base des données OpenStreetMap. La livraison “été 2021” vient de sortir. Voici les principaux changements de cette dernière version.

Les changements sont listés dans le fichier CHANGELOG. Parmi ceux de cette version il y a quelques réglages de bugs (pour les labels courbes des plans d’eau), une meilleure distinction entre les types de routes primaire et secondaires, une amélioration des règles de labels des zones forestières en fonction de leur surface et d’autres améliorations mineures.

Pour les labels des zones forestières, une approche simple a été mise en place. La taille du label est fonction de la surface de la zone, mais seulement pour les forêts plus grandes que 500 ha. Pour les forêts plus petites, la taille ne dépend pas de la surface, avec 2 tailles différentes de labels (respectivement pour les forêts inférieures et supérieures à 50 ha).

Une nouvelle fonctionnalité, qui n’est pas une amélioration du style proprement dit, est de pouvoir décomposer les sorties cartographiques en labels et en le reste de la carte, afin de pouvoir déplacer à la main certains labels. Pourquoi séparer les labels du reste? Simplement parce que les fichiers vectoriels des cartes (SVG) sont si lourds qu’il est difficile de les éditer dans un logiciel de dessin vectoriel comme Inkscape, alors qu’une couche de labels peut être plus facilement éditée (notamment, les objets peuvent être dégroupés). Cette possibilité permet de déplacer les labels de la carte à la main. Malgré les règles avancées de Mapnik pour la disposition des labels, un placement manuel des labels reste nécessaire en bien des situations.

Cette fonctionnalité est utilisée pour la conception des cartes hiking-osm-be, un nouveau service de cartes de randonnées à imprimer, mettant en évidence les itinéraires balisés officiels. Cette offre de cartes est mise en œuvre par Champs-Libres et l’atelier cartographique avec le soutien d’OpenStreetMap Belgique. A ce jour, une quinzaine de cartes au format A3 à l’échelle 1:20000 ont été produites en Belgique et ce catalogue est amené à s’étoffer à l’avenir. Pour obtenir ces cartes et en commander de nouvelles, rendez-vous sur hiking.osm.be!

Une carte de la Semois

Un article pour présenter une carte de la Semois au 1/42,000 imprimée sur un support 200 x 70 cm: quelques aspects de cartographie et des éléments de la recette pour effectuer une rotation aux données géographiques avant leur mise en forme cartographique.

Une photo de la carte Semoy·ois imprimée

Dernier projet perso: une carte de la Semois grand format, à une échelle 1:42,000, ce qui donne une carte imprimée sur un grand rectangle de 2 mètres de haut sur 70 cm de large. Avec les données d’OpenStreetMap bien sûr, complétées par les bâtiments du PICC en Wallonie et puis une représentation du relief faite en combinant des données de relief de Wallonie, du GD de Luxembourg et européenne.

Bouillon: la carte n’est pas orientée au Nord (photographie de la carte imprimée)

La carte montre la Semois de sa source à son embouchure, selon l’orientation générale de la rivière, donc en orientant la carte selon un angle particulier. Prenant sa source en Lorraine, la rivière attaque curieusement de biais le massif ardennais qu’elle finit par percer pour retrouver la Meuse. Cette belle rivière trace son chemin avec de nombreux méandres mais en maintenant un cap relativement rectiligne. Sur l’emprise de la carte, des portions de 3 pays: Belgique, France, Luxembourg.

On passe de la Belgique (où la rivière prend le nom de Semois) à la France (et devient Semoy), sans passage de frontière dans le style cartographique (photographie de la carte imprimée)

Cartographie

Aperçu de la carte à Cugnon

Le style de la carte est celui d’OpenArdenneMap, mon projet de style pour des cartes topographiques à grande échelle. OpenArdenneMap est un style spécifiquement développé pour des cartes imprimées, avec un faible nombre de couleurs différentes, des contrastes clairs, et qui fait la part belle aux labels (basés sur la fonte Alfphabet), dans la tradition des cartes topographiques de l’IGN belge des années 1960 à 1980. Parmi les dernières nouveautés du style, il y a l’écriture en courbe de certains labels de plans d’eau. Pour cette carte, la Semois est soulignée par un trait bleu plus prononcé que ses affluents ou que les autres rivières apparaissant sur la carte. Enfin, le relief est représenté par un ombrage (hillshade) se superposant à la carte.

… à Jamoigne

Ici, avec une échelle de 1:42,000, on atteint les limites du style cartographique, plutôt défini pour du 1:20,000. En outre, l’absence de généralisation des données géographiques (par exemple, pas de déplacements des lignes trop proches) peut poser problème à certains endroits. La carte est générée automatiquement: elle n’a pas été retravaillée manuellement. Pour un meilleur rendu, il faudrait éventuellement déplacer des labels à la main, supprimer des superpositions d’éléments, …

Impression & collage

Après la mise en page du fichier, le fichier prêt à imprimer était un PDF rasterisé à 500 dpi. L’impression a été faite en qualité optimale sur du papier épais (120g/m² ou 160g/m²).

Puis la carte a été collée sur un support fait d’une planche de panneau MDF de 5 mm peint en noir. Pour le collage, j’ai utilisé une colle vinylique étalée en une fine couche avec un petit rouleau à peindre. Grâce à l’épaisseur du papier, le papier n’a pas trop gondolé (juste un peu), mais j’ai bien passé une heure à coller et à presser.

Le fichier source de cette carte est disponible en téléchargement libre sous licence Common Creative CC-BY-SA ici.

Préparation des données

Pour faire tenir le cours de la Semois dans un rectangle, la carte n’est pas orientée vers le Nord. Mapnik (i.e., le programme qui a généré la carte avec le style OpenArdenneMap) n’est pas capable d’effectuer une rotation de la carte selon une autre orientation que le Nord. Dès lors qu’on veut faire une carte avec une orientation non-conventionnelle, on peut soit effectuer une rotation de chaque label et symboles, ou simplement effectuer une rotation de toutes les données au préalable. C’est cette dernière option que j’ai choisie.

Rotation des données OpenStreetMap

Les données OpenStreetMap sont importées à l’aide du programme osm2pgsql dans une base de données avec PostGIS. On peut facilement effectuer une rotation de toutes les données avec la fonction ST_Rotate en indiquant un angle (en radian) et un centre (ici, en coordonnées EPSG:3857). Il faut donc précalculer cet angle et le centre de la carte. Par exemple, pour la table planet_osm_line:

CREATE TABLE planet_osm_line_semoy AS
SELECT *, ST_ROTATE(way, -1.3249, 587488, 6406205) AS rotated_way FROM planet_osm_line;

Rotation du relief (hillshade)

Pour l’effet d’ombrage du relief, l’approche a été d’effectuer une rotation du modèle numérique de terrain (MNT, aka DEM) avant de calculer l’ombrage.

1) D’abord, fusionner les MNT de Belgique, du GD Lux et de France:

gdal_merge.py -of GTiff -co BIGTIFF=YES -co TILED=YES -o dem_semoy.tif eudem_semoy_31370.tif dem_be_semoy_31370.tif dem_lux_semoy_31370.tif

2) Obtenir le fichier tfw du fichier tif pour faire une rotation “à la main”

gdal_translate -of GTiff -co profile=baseline -co tfw=yes dem_semoy.tif dem_semoy_baseline.tif

3) Modifier le fichier tfw

En transformant les valeurs du fichier tfw d’un raster au format GeoTiff, on peut lui appliquer une rotation (voir ce lien). Soit les valeurs A, B, C, D, E et F du fichier tfw, on applique une rotation d’un angle alpha (radians) en transformant ces valeurs comme suit:

(A')=A*cos(alpha)
(B')=A*sin(alpha)
(C')=-D*sin(alpha)
(D')=D*cos(alpha)
(E')=E
(F')=F 

4) Reprojection
Appliquer une reprojection avec gdalwarp vers une résolution plus basse pour gommer les artefacts de la rotation et le mettre dans un autre système de coordonnées.

gdalwarp -t_srs EPSG:3857 -r cubicspline -tr 25 25 dem_semoy_31370_clipped_baseline_rotated.tif dem_semoy_3857_clipped_rotated_warp_cubicspline_25x25.tif


5) Créer l’ombrage de relief (hillshade)

gdaldem hillshade dem_semoy_3857_clipped_rotated_warp_cubicspline_25x25.tif hillshade_dem_semoy_3857_rotated_warp.tif -co BIGTIFF=YES -co TILED=YES -co COMPRESS=DEFLATE -of GTiff -z 1.0 -s 0.5 -multidirectional


6) Appliquer une palette de couleur au raster hillshade

gdaldem color-relief hillshade_dem_semoy_3857_rotated_warp.tif -alpha shade.ramp hillshade_dem_semoy_3857_rotated_warp_semi_transparent.tif 


shade.ramp est un fichier de reclassification des valeurs des pixels du raster comme suit:

0 0 0 0 0
1 0 0 0 220
64 0 0 0 192
128 0 0 0 140
150 0 0 0 96
168 0 0 0 0
190 255 255 255 0
220 255 255 255 96
255 255 255 255 128

Pourquoi je ne contribuerai plus à Mapillary

Je contribue à Mapillary depuis la première heure et je suis probablement un des plus gros contributeurs en Wallonie. J’ai téléversé 59,7 k images à Mapillary, couvrant plus de 1000 km. J’ai contribué avec des images prises de ma voiture, mais aussi depuis le train et sur plusieurs centaines de km de chemins et sentiers. Alors que la couverture de Mapillary est habituellement bonne dans les zones urbaines, elle est assez pauvre dans les zones rurales, et j’étais content de contribuer sur des itinéraires de randonnées, où cela a un certain potentiel pour des applications touristiques. A côté de Mapillary, je fais activement la promotion d’OpenStreetMap en tant que hobby mais aussi avec mon entreprise. Avec mes collègues ou en tant que bénévole, j’ai formé plusieurs dizaines de personnes à OpenStreetMap: agent·e·s touristiques, urbanistes, étudiant·e·s, environnementalistes. Lors de la plupart de ces formations ou cartoparties, j’ai aussi fait la promotion de Mapillary comme une alternative à Google Street View, tout comme OSM est une alternative à Google Maps. Il y a 2 ans, un de mes collègues et moi ont été invités en tant qu'”experts geo open-source” à une réunion de travail de l’administration des voiries de la Wallonie pour parler du potentiel d’OSM et de Mapillary pour monitorer les dizaines de milliers de panneaux routiers de la Wallonie (17 000 km²). Bref, j’étais un promoteur actif de Mapillary tout comme je promeus activement OSM, à la fois en tant que citoyen et dans mon boulot.

J’étais. Puis j’ai vu que Facebook a racheté Mapillary. Honnêtement, mon choix ne s’est pas fait tout de suite. J’ai pris quelques jours pour savoir si je devais m’arrêter de contribuer à Mapillary ou pas. J’ai même continué à uploader quelques images de panneaux touristiques prises ce week-end. Mais finalement j’ai pris la décision de télécharger toutes mes images et de supprimer mon compte Mapillary. Alors pourquoi?

Tout d’abord, je ne suis pas contre l’utilisation commerciale de données ou logiciels open-source, c’est d’ailleurs mon métier! Je ne suis pas un ayatollah de l’open-source: certains logiciels propriétaires font très bien leur boulot. Je ne suis pas par principe hostile à toute grosse entreprise. Il faut être conscient que Mapillary a un gros besoin de serveurs et que cela a un coût. À propos, je trouve que la gestion de l’infrastructure centrale d’OSM gagnerait à être professionnalisée et qu’il y a des limites à la gestion de projets open-source par une communauté. Et je reconnais que Facebook est très utile pour renforcer les liens dans ma région rurale, comme pour l’organisation d’événements ou le partage d’objets et de services entre voisins. Mais je ne veux pas contribuer à Facebook.

Dans mon pays comme ailleurs, les partis politiques les plus extrémistes utilisent FB pour manipuler les opinions. Le parti qui a dépensé le plus d’argent l’année passé pour les élections a des liens avérés avec des groupuscules neo-nazis et des membres neo-nazis. Plusieurs membres de ce parti ont été poursuivis en justice pour diffusion de propos antisémites et négationnistes. Pas besoin d’expliquer plus que ce genre de parti est une menace directe pour nos démocraties. Le problème est que leur utilisation de FB est au-delà de la simple diffusion de spots électoraux: ils utilisent les données des utilisateurs FB pour du profilage et manipuler délibérément l’opinion de grands groupes de personnes. Ce parti a dépensé au moins 450k € depuis début 2020 pour des publicités sur FB. En Belgique, c’est de loin le premier parti en terme de dépenses sur FB. En fait, je ne serai pas surpris que c’est le meilleur client de FB en Belgique. Et une société doit toujours écouter ses clients. Probablement que la plupart des employés de FB sont plutôt gênés de ce constat: ils favorisent directement des partis néo-nazis qui les financent, mais en même temps, FB ne peut ignorer une telle source de revenus. Ils ont besoin de faire tourner leurs serveurs, de payer leurs employés et de rétribuer leurs actionnaires. Mon avis est qu’il faut non seulement travailler à une éducation aux médias sociaux mais que tôt ou tard, un contrôle public fort (régulation, nationalisation, …) d’entreprises étrangères telles que FB est essentiel pour notre souveraineté et nos démocraties.

Une autre raison pour moi est que le cœur des activités commerciales de Mapillary n’est pas de permettre à des cartographes amateurs de contribuer à OSM mais est presque entièrement destiné au monitoring des réseaux routiers pour le secteur automobile.

Franchement, je n’arrête pas de contribuer à Mapillary de gaîté de cœur. Cette société a développé de formidables outils open-source pour favoriser la participation à OSM. J’espère qu’une alternative à Mapillary davantage tournée vers la construction d’un Bien Commun verra bientôt le jour!

Notes:

Pour monitorer les dépenses publicitaires sur Facebook: https://www.facebook.com/ads/library/report/

Pour supprimer son compte Mapillary: https://framagit.org/Midgard/exit-mapillary

Pour récupérer ses images Mapillary: https://github.com/gitouche-sur-osm/mapillary_takeout